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La Bonne âme du Se-Tchouan
Ecrite en Finlande à la fin des années trente tandis que B.Brecht fuit le nazisme et ses autodafés,  La Bonne âme du Se-Tchouan  nous décrit, quelle surprise, une société où l’Homme est un loup pour l’Homme. Cette fable féroce est considérée comme un chef-d’œuvre du théâtre épique.

Ils sont trois, ce sont des dieux, ils descendent sur terre pour y trouver une bonne âme. On leur ferme la porte au nez. Plus d’une fois. Seule, Shen Té la prostituée accepte de les accueillir. Récompensée par une somme d’argent avec laquelle elle achète un commerce, elle ne tarde pas à voir déferler une horde misérable et son cortège de vilenies. Dès lors, la bonté devient un exercice ardu pour la jeune femme qui opte pour une solution … schizophrénique !

Attention, cette Chine-là, celle de Bertolt à la Minoterie ne verse pas dans l’exotisme. Bien au contraire, elle use d’anachronismes en vue d’apparaître familière parce qu’autres lieux, même mœurs : face au choix à faire entre le bien et le mal, l’Homme — en l’occurrence, une femme — doit se positionner. Au détriment des autres ou de soi ? Si les dieux ne tranchent pas, le pourrez-vous ?

Le mouvement est partout. Des accessoires aux protagonistes, des décors aux affres de Shen Té, tout relève d’un même élan, sorte de va-et-vient chaotique, entre roulements, balancements, déplacements. Entre accélérations et décélérations. La musique l’accompagne : jouant une partition aux dissonances oniriques, le trio est sur scène. Se tait, parle. Dit le texte qu’il a créé tandis que le texte de Brecht dit l’évidence de la pauvreté, la cruauté statique du monde. En toute simplicité.

L'avenir de l'humanité n'a d'intérêt que vu d'en bas
B.Brecht

 

La Noce chez les petits bourgeois
Œuvre de jeunesse écrite en 1919 à 21 ans, par un Brecht sensiblement nihiliste, La Noce chez les petits bourgeois  se veut jeu de massacre dont la cible est la famille, bastion d’une société allemande, engoncée de bienséance et terreau du nazisme à venir…

Le jour des noces, toute la famille est réunie autour de la grande table blanche afin de célébrer l’événement selon le protocole et les convenances en vigueur. On se complimente, on écoute poliment des blagues vulgaires, on s’extasie sur les meubles faits de la main du jeune marié… Bientôt, le pied de la table casse, le divan cède, la serrure du bahut est bloquée, le paysage mobilier s’effondre et donne le La aux relations humaines…

Ici encore, tout est mouvement.
Mais c’est un mouvement décalé. Le geste n’illustre pas la parole. Il ne la trahit pas non plus. La distance s’installe et surprend. Commencent alors un chassé-croisé  de textes, un morcellement de la parole qu’instaure l’étonnante vision d’un couple démultiplié.

« Demain tous sauront comment c’était chez nous, et tous riront. Ils se tiendront derrière les fenêtres et riront en nous voyant. »
Extrait de La Noce chez les petits bourgeois